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TitleLa tradition Orale: PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE DES SOURCES DE L'HISTOIRE AFRICAINE (édité par DIOULDÉ LAYA; avec le concours financier de l'UNESCO)
TagsPhysics Africa Recording
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La rédaction et l'impression de cet ouvrage ont été
menées à terme grâce au concours de l'Organisation
des Nations unies pour l'Éducation, la Science et la

Culture (Unesco).

La maquette de la couverture
a été dessinée par Hou Tche Hing.

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LA TRADITION ORALE - CONTRIBUTIONS

Nul, mieux que le négro-africain, n'est apte à entendre le mot
de l'Écriture: « Au commencement était la parole ». Il y a, en effet,
une priorité chronologique et logique manifeste de la parole sur
l'écriture. C'est la parole qui distingue l'homme de l'animal et non
l'écriture, puisqu'il y a des centaines de millions d'hommes qui ne
savent pas écrire. Ce serait une erreur grossière de mettre sur le
même pied d'égalité la parole et l'écriture alors que la première
seule est essentielle au statut d'homme. De même, on ne peut
confondre la main et l'outil, car la main qui a fait l'outil est supé-
rieure à l'outil, même si celui-ci est plus puissant et plus précis
que la main qui l'a tiré du néant. Les premiers signes graphiques
élaborés par l'homme étaient des reproductions d'images ou de sons
s'identifiant avec des mots que ces images représentaient. Mais,
dira-t-on, cette prééminence de la parole n'est-elle pas une simple
donnée philosophique? Quid du point de vue de l'historien? Ce der-
nier ressemble à un pisteur. Il lui faut des traces pour retrouver les
trésors du passé. Sans traces, sans signes, pas d'histoire. Mais quels
signes? Le signe fugace et versatile de la parole 1 est-il suffisamment
consistant pour servir de preuve à l'historien ? Avant de répondre
à cette question, définissons la tradition orale comme étant l'ensem-
ble de tous les types de témoignages transmis verbalement par un
peuple sur son passé. Il y a donc là deux notions nécessaires et suffi-
santes: témoignage parlé et transmission. Celui qui vient vous inju-
rier copieusement et directement chez vous ne fait pas de la tradition
orale, car il ne vous l'envoie pas dire ... C'est le transfert d'un mes-
sage parlé dans une séquence temporelle qui constitue la tradition.

Disons d'abord qu'ainsi comprise, la parole historique est anté-
rieure aux documents écrits. Presque toute l'histoire du monde a
été dite avant d'être écrite. Les livres les plus importants, à com-
mencer par la Bible et le Coran, ont fait l'objet d'une tradition
orale avant d'être consignés par écrit. Il en est de même pour les
chroniques proprement historiques. L'auteur du Tarîkh el1ettâch,
Mahmoûd Kàti, écrit sans ambages :

J'ai voulu réunir ici ce qu'il y a de plus remarquable parmi les événements
de son règne [l'askia EI-Hâdj Mohammed ben Aboûbakar] en y faisant
également mention du chi Ali le maudit [Sonni Ali Ber] autant qu'il m'a
été possible de le faire à l'aide de documents écrits et oraux [ ... ] 2

1. Vef'ba volant disaient les Latins.
2. Taf'ikh el-fettdch, Paris, Leroux, 1913, p. 10.

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Page 98

PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE

De son côté, Jean Léon l'Africain termine la rédaction de son
ouvrage Description de l'Afrique en ces termes :

Voilà en somme ce que moi, Jean Léon, ai vu de beau et de mémorable
dans toute l'Afrique que j'ai parcourue de part en part. J'ai noté avec soin
au jour le jour toutes les choses qui m'ont paru dignes de mémoire telles
que je les ai vues. Celles que je n'ai pas vues, je m'en suis fait donner une
véridique et complète information par des personnes dignes de foi.

L'écrit n'est donc bien souvent que la parole pétrifiée; et il
arrive qu'il pétrifie, et donc aggrave l'erreur ou le mensonge.

Que pensent les spécialistes de la tradition orale? On connaît
le mot de l'Américain Robert Lowie 1 : « Je ne puis attacher la
moindre valeur que ce soit, sous quelque condition que ce soit, à
la tradition orale ». Beaucoup d'historiens, qui constituent néan-
moins une minorité de plus en plus maigre, gardent toujours cette
même conception étriquée.

Les uns que j'appellerai les fonctionnalistes, prétendent que la
tradition est créée et transmise dans un but utilitaire précis, en
vue de remplir une fonction donnée, pour un groupe social déter-
miné : famille, clan, caste, tribu, etc ... La tradition, d'après eux,
ne serait juste bonne qu'à être intégrée dans l'étude de la culture
du groupe en question. Elle relève donc tout au plus de l'anthro-
pologie culturelle ou juridique, de l'histoire des idées et non de
l'histoire des faits réels, car elle collectionnerait les mythes sociaux
pour les besoins de la cause. l\1:ais, quel document historique,
écrit ou non, ne remplit-il pas une fonction sociale ou étatique?
Les pyramides elles-mêmes, ces « demeures d'éternité » si « objec-
tives » dans leur impassibilité presque intemporelle, ne sont-elles
pas une forme de publicité à l'intention de la postérité? Les pein-
tures rupestres, les écrits des historiographes de Louis XIV, les
tableaux de la période napoléonienne, la Déclaration universelle
des Droits de l'Homme, les journaux officiels ou para-officiels,
patronaux, syndicaux ou paysans de I968, tous ces documents
remplissent une fonction sociale ou politique précise. Aucun pro-
duit de l'esprit humain n'est étranger aux aspirations et aux inté-
rêts de l'homme en tant qu'être social. Et si l'on se plaint que la
tradition orale africaine ne nous fasse connaître que les princes
et leurs exploits, ne peut-on pas répondre que les paysans français

I. « Oral tradition and history 1), Journal of American folklore, XXX,
191 7.

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Page 193

CHA PIT REl V. C H 0 1 X D ECO M 1\1 UNI C A-

T ION S.............................................. 95

1. PROBLÉMATIQUE ET M.ÉTHODOLOGIE DE LA
TRADITION ORALE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95

La tradition orale en tant que source pour l'histoire
africaine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96

Observations générales sur la tradition orale.. . . . . . . 113
Quelques sources d'information pour une recherche

historique. .................................... 115
Réflexions sur la recherche historique en Afrique occi-

dentale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
Importance de la toponymie et de l'anthroponymie

pour la recherche historique en Afrique occidentale. 126

La régionalisation de l'Afrique occidentale en vue
d'une étude sur la chronologie africaine. . . . . . . . . . 130

II. CONTRIBUTIONS À L'HISTOIRE DE L'AFRIQUE
OCCIDENTALE . ....... ........................ 137

Fondation de PÔ : Essai d'interprétation des traditions
orales d'une ville Kasena. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138

Histoire traditionnelle des Peuls du Dalloi Boboye
(Extrait). ..................................... IS0

Le chant comme source d'information historique.. . . 176

CON C LUS ION.. . . . . . . . . . . . . . . . • . . . . . • . • . . • . . . . . . . • • . • . 189

197

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